Aimer et Etre Aime. Le Paradoxe de la Passion
de Dean Delis et Cassandra Phillips
Quelque soit notre enfance, on peut tous passer par les mêmes contradictions, paradoxes de l’amour.
Attention à la pensée qui enracine les difficultés relationnelles et surtout amoureuses dans le passé (culpabilité). Les difficultés conjugales sont inhérentes au couple !
Il y a une alternance de la position dominante et de la position dépendante ; plus l’un demande de l’amour, moins l’autre en donne.
Tomber amoureux induit une perte de contrôle.
La passion implique un déséquilibre amoureux = l’un et l’autre tente de séduire l’autre et le rendre dépendant de soi (peur du rejet).
La passion nous empêche de savoir si c’est une aventure qui est en train de se vivre ou si c’est une histoire sérieuse qui démarre (désordre du jugement).
La fin de la passion (ou le déclin) qui amène à une relation équilibrée montre que chacun a retrouvé son équilibre émotionnel et que les 2 sont assurés de l’amour de l’autre = fin de l’ivresse, de l’exaltation…Ca veut dire aussi qu’il y a une perte de contrôle, qu’il peut y avoir un mélange de peur et de plaisir, l’angoisse du rejet.
Le surplus d’amour de l’un (dépendant) fait mettre de la distance à l’autre (dominant).
En séance, demander ce que chacun a ressenti dans les 1ers moments de leur amour = comprendre ce qui a rapproché les 2 et, souvent, on peut déceler les germes de leur éloignement.
« L’amour fait de nous des caméléons. Instinctivement, nous adoptons la coloration de l’autre pour le persuader que nous sommes capables de satisfaire le maximum de ses besoins spécifiques ».
Les 3 facteurs de déséquilibre fréquents :
- Inégalité de pouvoir de séduction
On a besoin de s’assurer que l’autre puisse répondre à un maximum de nos besoins (inconsciemment) et donc on est conduit à exercer un certain pouvoir sur lui pour qu’il nous « comble ».
Chacun peut passer de la position dominante à la position de dépendance = ça peut être imprévu, inconfortable, déséquilibrant.
- Le déséquilibre circonstanciel
Le mariage, un bébé ou un événement X ou Y peut engendrer ou accentuer le déséquilibre dans la relation et le paradoxe de la passion prend toute sa place.
- Le déséquilibre des personnalités
Ce qui attire chez l’autre au début de la relation est parfois ce qui est reproché ensuite (ex : la timidité du partenaire peut attirer et mettre l’autre en position haute mais cette posture peut devenir encombrante quand le « dominant » a besoin que le « dépendant » prenne des initiatives)
Le dominant – le fardeau du pouvoir
Plus le dominant domine, moins il est amoureux.
Le dépendant a une angoisse : le rejet.
« Le dépendant perd aussi son intelligence », obnubilé qu’il est de se faire aimer de l’autre.
La tension subie par le dépendant peut anesthésier son intelligence. Il peut alors devenir maladroit, complexé, etc. ce qui renforce le dominant à prendre de la distance, à être agacé, etc.
Le dominant va essayer plusieurs techniques pour rendre le dépendant plus attrayant = la solution esthétique, la solution culturelle, la solution érotique.
Quand le paradoxe s’installe, on communique moins, contrairement au début de la relation où c’était facile de parler de ses sentiments, de soi, etc. Personne n’a conscience que ça peut être lié à un détachement.
Quand le dépendant sent cela, il essaie souvent de faire parler son partenaire. Mais le silence est un rempart efficace et souvent utilisé par les dominants.
La colère s’exprime quand nous ne savons pas ce que nous voulons = ça crée encore plus d’éloignement entre les 2 personnes.
La colère est un sentiment normal ; la violence psychologique et physique non.
Le dominant peut s’énerver pour des riens pour ne pas aborder le problème de fond qui est son désintérêt amoureux. C’est une tactique inconsciente pour éloigner le dépendant sans avoir à affronter le vrai problème.
Peu à peu le dominant devient bourreau et le dépendant victime (par peur du rejet).
Le dominant qui exprime sa colère peut peu à peu se culpabiliser et donc rester dans cette relation insatisfaisante, déséquilibrée ; c’est une façon de faire baisser la culpabilité car il ne rejette pas l’autre.
La spirale colère/culpabilité constitue une grande partie de l’énergie affective et devient alors un piège dans lequel s’enferme le dominant.
Les dominants n’ont pas à se reprocher les problèmes du couple = les dynamiques internes de la relation sont les vraies coupables.
Si le dominant se libère de sa culpabilité, il est plus léger, moins écrasé par la relation et peut reprendre espoir.
L’ambivalence affective fonctionne comme un pendule : quand ça balance du côté négatif, ça amène de la culpabilité, quand ça balance du côté positif, ça fait baisser la culpabilité et c’est parfois à ce moment-là que le dominant va proposer le mariage…
Pour les femmes, c’est parfois difficile d’exprimer la colère, véhiculée comme agressive et masculine ; alors, la colère peut être retournée contre soi et amener une dépression.
Le fantasme du veuvage est une stratégie fréquente chez les dominants = liberté sans culpabilité. Ce fantasme est un baromètre du malheur et de la frustration.
Le désarroi du dominant se traduit souvent par des « symptômes » d’ambivalence affective ; en thérapie, le dominant va chercher à mettre fin à cette ambivalence.
Le dominant va essayer de gagner du temps car c’est trop difficile de trancher. Par exemple, il espère que vivre ensemble avant de s’engager va l’aider à se fixer sur une décision.
Le dominant peut essayer l’infidélité comme solution, pour trouver une réponse à son ambivalence. « L’interdit érotise fortement la situation » mais ça aggrave la situation, très souvent. L’infidélité apporte 2 ambivalences au lieu d’une donc le dominant ne trouve en général pas sa réponse dans cette situation.
Autre solution envisagée : la séparation provisoire.
Le dominant dans la relation qui engage = la raison dit oui, le cœur dit non
Le dépendant dans la relation qui engage = la raison dit non, le cœur dit oui
L’amour-amitié = l’autre est un ami très spécial qui n’est pas excitant. Beaucoup de relations heureuses et durables existent sur ce mode-là.
L’amour-amoureux = c’est un amour excitant.
La compassion est un ennemi naturel de la passion.
La plupart des dépendants continuent longtemps à aimer le dominant.
Le dépendant – la douleur d’aimer
Quand l’un des deux ressent assez rapidement de l’anxiété dans la relation, ça peut être i, signal car il est possible de plonger dans une relation de dépendance.
Quand la personne est éperdument amoureuse, elle vit une distorsion positive de la perception fondée sur l’espoir du dépendant d’avoir trouvé le partenaire idéal.
Quand le dominant se détache, ça génère de la peur et de l’angoisse chez le dépendant.
La souffrance et l’amour peut faire perdre l’identité du dépendant qui va tenter la reconquête du dominant. Mais ça fait encore plus fuir le dominant.
De plus, le dépendant se perd dans la relation et déséquilibre encore plus la relation ; il essaie de vivre en miroir de l’autre.
Le meilleur moyen de reconquérir un dominant : ne pas le reconquérir !
Le dépendant peut « utiliser » la sexualité pour se rapprocher du dominant et avoir une impression de contrôle sur l’autre.
Cocktail du dépendant : passion, amour, souffrance et colère, souvent refoulée = alternance amour/haine assez forte.
Parfois la rage est retournée contre soi = autodestruction (baisse de l’estime de soi, dépression…)
La jalousie est inhérente au dépendant ; elle fait trianguler la relation. Ca détourne la colère du dépendant vers une autre personne.
Plus le dépendant est désespéré, plus il va oser l’audace = faire un enfant, devenir indifférent, devenir violent…
Le rejet amoureux réveille certainement la peur de l’abandon du bébé.
La rupture est vécue par le dépendant : le dominant est vu comme un salaud et le dépendant comme une victime.
Mais le malheur donne la possibilité de progresser.
Pour combler le vide, on peut se tourner vers la spiritualité, l’achat, la boulimie, l’anorexie, l’alcool et les drogues.
Pour avoir le sentiment de contrôler la situation, le dépendant peut se venger par lettre, tuer symboliquement le dominant, mieux réussir que lui professionnellement ou aller vers des actes plus violents envers lui ou le dominant (vandalisme, harcèlement, TS…)
Suite à un échec amoureux, les rôles de dépendant et dominant peuvent s’inverser.
Mais bien des couples réconciliés reviennent à leurs anciens schémas relationnels destructeurs.
Comment construire un amour durable ?
Les 2 doivent se mettre au travail !
Exprimer les paradoxes de l’amour = compréhension de l’histoire et du rôle de chacun avec, ensuite, possibilité de réajustement.
« L’amour est un sentiment relatif qui peut disparaître et réapparaître en fonction des dynamiques relationnelles qui opèrent entre les partenaires ».
On peut retomber amoureux de la personne qu’on a (voulu) quittée(er).
Il faut différencier les désirs superficiels des besoins profonds.
- La communication
Quand on est en colère, on agresse l’autre et le conflit est stérile
Après la colère, on peut prendre ses responsabilités et un échange est possible.
Mettre l’amour de côté sinon il est vite fait de penser que c’est le manque d’amour qui est le problème alors que ça peut être un symptôme de la difficulté relationnelle, du déséquilibre.
Responsabilité des sentiments, des mots avec « je ».
Je peux proposer à l’un et l’autre de prendre la place de l’autre = positionnement empathique.
Ne pas chercher qui a tort ou raison : diriger l’énergie commune pour aborder les vrais problèmes.
Identifier les comportements répétitifs.
Objectif = arrêter la communication culpabilisante (notamment avec « tu ») qui permet le retour de la confiance, de la complicité possible.
Dire sans accuser.
Attention aux comportements déguisés en « solution ». Ex : « De toutes façons, tout ce que je fais est nul. Tu devrais me quitter ».
L’humour est très positif.
Etablir des objectifs concrets et non implicites !!!
- Ce que le dépendant peut faire
Il est important de prendre soin de ses amis, surtout pour le dépendant qui, s’il n’a plus de relation satisfaisante dans le couple, va s’accrocher encore plus au dominant.
Pour qu’il puisse se libérer de ce statut de dépendant, c’est important qu’il vive en dehors du couple (activités, sorties, relations amicales…) ce qui permet au dominant, potentiellement, de revenir.
Prendre soin de soi et prendre le temps de l’émotion ; ne pas s’agiter dans tous les sens pour éviter la tristesse.
Le dépendant a une grande tendance au catastrophisme = poser des questions là-dessus pour que le patient puis « dépassionner » certaines choses et accéder à un peu de raisonnement logique. Il a une propension à l’auto-sabotage !
Je peux demander au patient de reformuler ses pensées comme s’il était son propre ami.
Quand le dépendant choisit de trouver la « juste distance » dans son couple et de s’investir à l’extérieur de son couple, il doit le dire à son partenaire sinon, ça crée l’effet inverse.
A essayer de mettre en place : se ménager, s’accrocher à la réalité, penser de manière positive, prendre de la distance, expliquer ce qu’on fait (dans la relation), affronter la peur de la distance et définir ses limites.
- Ce que le dominant peut faire
Se réconcilier lui-même en acceptant sa colère, sa frustration, sa culpabilité…
Il peut écrire une lettre à un(e) ami(e) qui vivrait la même situation ; l’idée est qu’il puisse être son meilleur ami et aller vers une réconciliation avec lui-même.
Ne pas prendre de décision quand il est en pleine ambivalence affective.
Le dominant a la culpabilité de l’abandon = travailler là-dessus.
Diriger la colère vers la relation, la situation et non sur l’autre = communication positive et possibilité de changement.
On peut faire un exercice d’objectivité en écrivant les défauts ET les qualités de l’autre = ne pas se fixer sur ce qui ne convient plus et éviter l’obsession.
Si le dominant réalise qu’il n’est pas piégé, qu’il a le choix de partir = il se sent libre et peut choisir de rester dans la relation, mais différemment.
La personne peut aussi faire une liste avec les raisons de rester et les raisons de partir.
Le dominant peut tenter de se rapprocher, surtout dans la communication, pour exprimer ce qui oppresse, sans accusation.
Partager des petites choses (anecdotes au travail, infos du jour…) et tenter l’affection quand c’est possible. Ca peut paraître non naturel au départ mais ça permet de « tester » ce que ça fait.
Si le dominant montre ses points faibles, ça le met en position basse (ce qui peut faire peur) mais ça permet au dépendant d’être en position haute et ça permet de rééquilibrer la relation ou du moins de créer du mouvement.
Il faut de la patience !!!
A essayer de mettre en place : se réconcilier avec soi-même, écouter sa propre culpabilité, dompter sa colère, apprendre à voir son partenaire tel qu’il est, se garder une porte de sortie (possibilité de partir), tenter de se rapprocher de l’autre, être patient.
Les racines du déséquilibre
- Les circonstances
= changement de travail, deuil, déménagement, grossesse, naissance…
Je peux demander à l’un de se mettre à la place de l’autre.
- Les rôles sexuels
Il y a une confrontation entre le modèle « traditionnel » et la vie actuelle (travail, réussite, argent…)
Attention au syndrome de la superwoman.
- Le pouvoir de séduction
La dynamique du paradoxe fait que l’un doute des sentiments de l’autre et le trouve alors plus séduisant. Et quand les sentiments de l’autre vous encombrent, vous avez tendance à le trouver moins séduisant.
Le moi équilibré
Contrôler/céder et séparer/unir sont des modes de comportements fondamentaux qui sous-tendent nos interactions avec autrui.
La personnalité du dépendant – apprendre à se valoriser
Son énergie est canalisée vers l’union et l’obéissance.
- Le dépendant gentil
Son vrai plaisir : faire plaisir et il est totalement étranger à la colère. Parfois, l’amour de ses parents lui a été donné parce qu’il était sage. Etre gentil évite d’être rejeter. Devise inconsciente : « aime-moi ».
- L’écho
Il a tendance à se fondre dans la relation, à perdre ses repères et à s’adapter totalement à l’autre. Enfant, il a parfois appris qu’il doit rester petit et faible pour gagner l’amour de ses parents. Il se sent facilement abandonné. Devise inconsciente : « sans toi je ne suis rien ».
- Le vindicatif
Il a l’avantage de pouvoir exprimer sa colère mais… pas de la bonne façon (ex : faire des achats pour essayer de compenser quelque chose qui manque dans la relation). Enfant, il a souvent eu un parent autoritaire et un parent plus dans l’affection mais va plutôt être soumis à l’obéissance. Devise inconsciente : « ne pas s’opposer ».
- Le maltraité
Il a tendance à nouer des liens avec des êtres violents. Souvent, l’enfance est éprouvante et destructrice avec un parent dominateur et un parent passif. L’enfant apprend à accepter tous les blâmes. Devise inconsciente : « c’est de ma faute ».
La personnalité du dominant – savoir être vulnérable
Son énergie est canalisée vers l’indépendance (la séparation) et le contrôle.
- L’autoritaire
Il veut tout contrôler pour ne pas souffrir. Dans son enfance, souvent, il a eu des parents suivant des rôles sexuels traditionnels où le père a l’autorité et transmet à ses fils le mépris de la faiblesse. Devise inconsciente : « j’ai toujours raison ».
- L’aventurier
Il ne vit que pour prendre des risques. Souvent, la personne a connu un climat plutôt hostile et insécurisant dans l’enfance. Devise inconsciente : « je peux tout avoir ». L’aider à choisir entre des plaisirs à court ou long terme
- Le solitaire
Il pense être plus en sécurité en se tenant à l’écart des autres. Dans l’enfance, il a contrôlé la situation par l’absence quand il s’est senti exclu de sa famille. Devise inconsciente : « ne t’approche jamais des autres ». Dans le couple, il est important de pouvoir légitimer la solitude ET l’intimité.
- Le revanchard
Il ne veut pas se faire avoir et ne montre pas de faiblesse. Il a souvent appris dans l’enfance qu’il faut taper le 1er et a été au contact de l’agressivité. Devise inconsciente : « je dois être fort ».
L’art de rompre
Avant de décider de se séparer, il y a plusieurs choses à faire :
- Travailler sur la communication non culpabilisante
- Travailler sur les besoins de chacun, le ré-équilibrage de la vie quotidienne
- Travailler sur la culpabilité, la dramatisation
- Le dépendant : travailler sur la juste distance et le dominant sur un essai de rapprochement
- Travailler sur soi (attentes, manques, estime et confiance en soi…)
- Savoir qu’il y aura des ratés
Après avoir essayé ça, il faut se fier à son instinct.
La distinction entre acceptation et résignation est difficile !
3 facteurs peuvent amener un dépendant à rompre : l’épuisement affectif, la rencontre d’un autre partenaire et le regain d’estime de soi (c’est pourquoi la juste distance est si importante).
Environ 6 semaines après la séparation, c’est très difficile ; sentiment d’amputation émotionnelle. Il est important d’être entouré.
Accepter la souffrance est important aussi.
Il est possible aussi la personne fasse le yoyo = partir, revenir, repartir… est-ce le paradoxe de la passion qui agit ou est-ce un amour authentique qui fait revenir ??
La patience est un bon allié : ça évite de réagir par la peur ou la colère, ça permet une accalmie après des phases douloureuses, de ne pas s’énerver quand ça va mal.
Pendant la crise, on est amnésique des moments où ça allait bien. Et quand ça va bien, on est amnésique de quand ça va mal…
Quand ça ne va pas, il faut revoir les règles du jeu.
Déjà, reconnaître qu’on est dans une phase douloureuse ou compliquée est super ; c’est qu’une certaine transparence est possible.
Puis, prendre un rdv à 2 pour « vider sa poubelle », éviter la culpabilité, les accusations…
On peut penser à une séparation temporaire pour éviter d’alimenter la colère de l’autre.
Faire l’amour, voir des amis, voir un spectacle distrayant, priez l’autre de vous excuser…